De la loi NIS2 aux attaques massives par ransomware : le défi de la cybersécurité en Espagne et en Amérique latine

Parler de cybersécurité, ce n'est plus parler d'une menace lointaine ni d'une obligation future. En Espagne, l'entrée en vigueur de la directive NIS2 a fait de la mise en conformité une date précise du calendrier. En Amérique latine, le problème présente un autre aspect : la région est devenue la principale cible mondiale des ransomwares. Deux réalités distinctes, unies par une même conclusion : sans visibilité sur les actifs informatiques, aucune défense ni conformité n'est possible.
Espagne : le NIS2 passe du stade de projet de loi à celui de loi
Pendant près de deux ans, la directive NIS2 est restée en Espagne une directive « en attente de transposition ». La situation a changé en avril 2026, lorsque le décret royal complétant sa transposition dans l'ordre juridique espagnol est entré en vigueur. Les entités essentielles et importantes disposent désormais d'un délai maximal de neuf mois pour se mettre pleinement en conformité.
Les chiffres expliquent l'urgence de la situation. Le bilan de cybersécurité de l'INCIBE, publié en février 2026, fait état de 122 223 incidents traités en 2025, soit 26 % de plus que l'année précédente :
- 55 411 incidents liés à des logiciels malveillants, la catégorie la plus fréquente.
- 45 445 cas de fraude en ligne, soit une hausse de 19 % par rapport à 2024.
- 25 133 cas de hameçonnage, le vecteur d'attaque le plus courant.
- 392 attaques par ransomware, dont le coût moyen s'élève à entre 80 000 et 150 000 euros par incident dans une entreprise espagnole de taille moyenne.
- 237 028 systèmes vulnérables détectés et signalés de manière proactive par l'INCIBE-CERT.
Au sein du groupe des opérateurs essentiels et importants régis par la directive NIS2, l'INCIBE a traité 401 incidents en 2025, le secteur bancaire ayant concentré 34 % des attaques, suivi par celui des transports (14 %) et de l'énergie (8 %).
Le régime de sanctions prévu figure parmi les plus sévères du cadre réglementaire européen : jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel global pour les entités essentielles, et jusqu’à 7 millions d’euros ou 1,4 % pour les entités importantes, avec une responsabilité personnelle des organes de direction en cas de négligence grave. Son champ d'application est également vaste : on estime que la directive NIS 2 concerne directement quelque 5 760 entités en Espagne, réparties dans 18 secteurs, avec un seuil d'application relativement bas (plus de 50 salariés ou plus de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires dans les secteurs réglementés).
Amérique latine : la région en tête du classement mondial en matière de ransomware
Alors que l'Espagne met de l'ordre dans son cadre réglementaire, l'Amérique latine est confrontée à un problème d'une toute autre ampleur : selon le rapport « State of Ransomware 2026 » de Kaspersky, la région s'est imposée en 2025 comme la plus touchée au monde par les ransomwares, 8,13 % des organisations latino-américaines ayant été victimes de ce type d'attaque, devant l'Asie-Pacifique (8 %), l'Afrique (7,62 %) et l'Europe (3,82 %).
D'autres données confirment l'ampleur du problème :
- Les attaques par ransomware dans la région ont augmenté de 78 % en un an seulement, passant de plus de 250 en 2024 à plus de 450 en 2025, selon le rapport « Latin America Cyber Threat Landscape » d’Intel 471. Le nombre de variants actifs a presque doublé, passant de 48 à 79.
- Selon Check Point Research, les organisations d'Amérique latine ont subi en moyenne plus de 3 000 cyberattaques par semaine en 2026, un chiffre bien supérieur à la moyenne mondiale.
- Au cours du premier semestre 2026, le Brésil a enregistré plus de 100 victimes de ransomware, le Mexique près de 80, l'Argentine 39 et la Colombie 33, selon les données recueillies par ESET à partir du site ransomware.live.
- Rien qu'au Mexique, plus de 237 000 tentatives d'attaques par ransomware ont été recensées en douze mois, selon Kaspersky, soit plus de 19 000 tentatives par mois.
Le Brésil concentre environ 30 % de l'ensemble des victimes de la région, les secteurs des biens de consommation, de l'énergie, de l'agriculture et des services professionnels figurant parmi les plus touchés.
Deux réalités, une même origine : on ne peut pas protéger ce que l'on ne voit pas
En Espagne, le défi consiste à prouver la conformité auprès d'une autorité de régulation, avec des délais et des sanctions bien précis. En Amérique latine, le défi consiste à endiguer une vague d'attaques qui augmente à un rythme bien supérieur à la moyenne mondiale. Mais dans les deux cas, la réponse part du même point : savoir précisément quels équipements matériels et logiciels une organisation a déployés, qui les utilise et quel niveau de risque chacun d'entre eux représente.
Sans un inventaire des actifs à jour et fiable, aucune organisation ne peut évaluer les risques liés à sa chaîne d'approvisionnement, signaler un incident dans les délais imposés par la directive NIS2, ni identifier rapidement les systèmes exposés à une vague de ransomware. La gestion des actifs informatiques (ITAM) n'est pas une exigence administrative secondaire : c'est la base sur laquelle repose toute stratégie de cybersécurité, que l'objectif soit de se conformer à une réglementation européenne ou de résister à la pression des menaces qui font aujourd'hui de l'Amérique latine l'épicentre mondial des ransomwares.
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Sources des données : INCIBE (Bilan de la cybersécurité 2025), Kaspersky (State of Ransomware 2026), Intel 471 (Latin America Cyber Threat Landscape, janvier 2026), Check Point Research et ESET/ransomware.live (premier semestre 2026).

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